Le Terre inépuisable

Victor Hugo

L'homme des origines ignorait la distance entre son regard et la vie. Il était la vie qu'il contemplait. Il était le cerf qui court avec grâce, le serpent qui s'approche avec sagesse, le lion à l'heure tranquille. Au début de la Légende des siècles, la vie elle-même était une légende. Écoutons Victor Hugo:

«La terre, inépuisable et suprême matrice; [...]
Faisait sortir l'essaim des êtres fabuleux [...]
Que le temps, moissonneur pensif, plus tard changea;
On sentait sourdre, et vivre, et végéter déjà
Tous les arbres futurs, pins, érables, yeuses,
Dans des verdissements de feuilles monstrueuses;
Une sorte de vie excessive gonflait
La mamelle du monde au mystérieux lait;
Tout semblait presque hors de la mesure éclore;
Comme si la nature, en étant proche encore,
Eût pris, pour ses essais sur la terre et les eaux,
Une difformité splendide au noir chaos. [...]»1