Octave, pour récompenser ses vétérans, leur a donné des terres appartenant à des paysans qui en jouissaient de plein droit depuis des temps immémoriaux. Virgile, traduit ici par Paul Valéry, évoque le malheur de ces paysans déracinés.
Mais nous irons souffrir de la soif en Afrique,
Nous irons vers le Scythe et le crayeux Oxus,
Ou bien chez les Bretons tout isolés du monde.
Ah! si je revoyais après un long exil,
Ma terre et ma chaumière au toit garni de mousse,
Aurais-je encor sujet d'admirer mes cultures?
Pour un soldat impie aurais-je tant peiné,
Semé pour un barbare? Hélas! de nos discordes
Nos malheurs sont le fruit! Nos labeurs sont pour d'autres!
Ah! je puis bien greffer mes poiriers et mes vignes!
Allez, troupeau jadis heureux, chèvres mes chèvres
Vous ne me verrez plus, couché dans l'ombre verte,
Au loin, à quelque roche épineuse accrochées.
Vous ne m'entendrez plus, vous brouterez sans moi
Les cytises en fleurs et les saules amers.
At nos hinc alii sitientes ibimus Afros,
Pars Scythiam et rapidum cretae veniemus Oaxen
Et penitus toto divisos orbe Britannos.
En unquam patrios longo post tempore, fines,
Pauperis et tuguri congestum caespite culmen,
Post aliquot, mea regna videns, mirabor aristas?
Impius haec tam culta novalia miles habebit?
Barbarus has segetes? En quo discordia cives
Produxit miseros! His nos consevimus agros!
Insere nunc, Meliboee, piros, pone ordine vites!
Ite, meae, felix quondam pecus, ite, capellae:
Non ego vos posthac, viridi projectus in antro,
Dumosa pendere procul de rupe videbo;
Carmina nulla canam; non, me pascente, capellae,
Florentem cytisum et salices carpetis amaras.
Les Bucoliques. Traduction de Paul Valéry